{"id":10801,"date":"2025-09-17T06:00:00","date_gmt":"2025-09-17T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/etresoi-e.com\/blog\/?p=10801"},"modified":"2025-08-24T13:27:24","modified_gmt":"2025-08-24T12:27:24","slug":"un-peu-de-bonte-dans-ce-monde-de-brutes","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/etresoi-e.com\/blog\/un-peu-de-bonte-dans-ce-monde-de-brutes\/","title":{"rendered":"Un peu de bont\u00e9 dans ce monde de brutes"},"content":{"rendered":"\n<p>Bonjour, j&rsquo;esp\u00e8re que vous allez merveilleusement bien. <\/p>\n\n\n\n<p>Je vous partage ce matin une histoire qui m&rsquo;\u00e9meut. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019habite dans une rue tranquille de l\u2019Ohio. La m\u00eame maison depuis quarante-deux ans. Je m\u2019appelle Lucia. J\u2019ai soixante-trois ans. Chaque matin, je m\u2019assois sur mon porche avec ma tasse de th\u00e9. Je regarde le monde passer. Une chose simple. Mais cela me tient compagnie.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant dix ans, M. Evans a v\u00e9cu \u00e0 c\u00f4t\u00e9. C\u2019\u00e9tait un homme discret. Toujours v\u00eatu d\u2019une chemise propre. Chaque jour, sans exception, il arrosait son petit carr\u00e9 de fleurs. Des roses, surtout. D\u2019un rouge \u00e9clatant. Il restait l\u00e0, le tuyau d\u2019arrosage \u00e0 la main, se mouvant lentement. Mais jamais il ne saluait. Pas une fois. Pas un bonjour. Il arrosait, puis rentrait chez lui. Mon mari, John, plaisantait : \u00ab Lucia, cet homme-l\u00e0 a plus de secrets que ma bo\u00eete \u00e0 outils. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis ce jour, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019observer davantage. Surtout apr\u00e8s sa retraite de la poste. Il paraissait\u2026 plus petit. Comme si le monde s\u2019\u00e9tait r\u00e9tr\u00e9ci autour de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Un mardi, je l\u2019ai vu en difficult\u00e9. Il essayait de soulever un lourd arrosoir. Ses mains tremblaient. L\u2019objet lui \u00e9chappa. L\u2019eau se r\u00e9pandit partout. Il resta plant\u00e9 l\u00e0, \u00e0 fixer l\u2019herbe mouill\u00e9e. Sans ramasser. Sans bouger. Il avait l\u2019air si fatigu\u00e9. Si seul. Mon c\u0153ur s\u2019est serr\u00e9. J\u2019ai failli ne pas frapper \u00e0 sa porte. Et s\u2019il me trouvait indiscr\u00e8te ? Et s\u2019il me disait de partir ? Mais j\u2019ai entendu la voix de John dans ma t\u00eate :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Lucia, la bont\u00e9 n\u2019a rien \u00e0 voir avec le courage. C\u2019est voir que quelqu\u2019un a besoin d\u2019un coup de main, et tendre le tien. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai frapp\u00e9. Ma main tremblait un peu. Il a ouvert. Semblait surpris. De pr\u00e8s, il paraissait plus \u00e2g\u00e9. Le regard un peu perdu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Monsieur Evans, \u00bb dis-je, la voix vacillante. \u00ab Je vous ai vu laisser tomber l\u2019arrosoir. Moi aussi, l\u2019arthrite me joue des tours. Puis-je\u2026 puis-je vous aider \u00e0 arroser vos roses ? Elles ont l\u2019air d\u2019avoir soif. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019a pas dit oui. Il n\u2019a pas dit non. Il s\u2019est juste \u00e9cart\u00e9, en silence. J\u2019ai pris cela pour une permission. J\u2019ai rempli l\u2019arrosoir. Mon dos me faisait mal, mais j\u2019ai arros\u00e9. Il se tenait l\u00e0, \u00e0 regarder. Sans parler. Mais sans me chasser non plus.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"612\" height=\"408\" src=\"https:\/\/etresoi-e.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-6.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-10802\" srcset=\"http:\/\/etresoi-e.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-6.png 612w, http:\/\/etresoi-e.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-6-300x200.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 612px) 100vw, 612px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Je suis revenue le lendemain. Puis le jour d\u2019apr\u00e8s. Je me contentais d\u2019arroser les roses. Parfois, j\u2019apportais une tasse de th\u00e9 en plus. Je m\u2019asseyais sur sa petite marche. Sans forcer la conversation. Juste l\u00e0. Les semaines ont pass\u00e9. Un matin, alors que je lui tendais le th\u00e9, sa main a effleur\u00e9 la mienne. Elle \u00e9tait froide. Il m\u2019a regard\u00e9e. Vraiment regard\u00e9e, pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ma femme, \u00bb murmura-t-il, si bas que j\u2019ai failli ne pas l\u2019entendre. \u00ab Elle aimait ces roses. Elle est morte au printemps dernier. Je\u2026 je ne sais pas pourquoi je continue de les arroser. \u00bb Sa voix s\u2019est bris\u00e9e. Une larme solitaire a roul\u00e9 sur sa joue. Il l\u2019a essuy\u00e9e rapidement, honteux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Oh, Monsieur Evans, \u00bb r\u00e9pondis-je doucement. \u00ab Elle voudrait que vous continuiez. Parce qu\u2019elles sont belles. Comme son souvenir. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cela, il ne parla pas beaucoup plus. Mais il commen\u00e7a \u00e0 saluer. Un petit signe de t\u00eate depuis son porche. Puis un discret \u00ab Bonjour, Lucia. \u00bb Un jour, il me demanda des nouvelles de John. Je lui ai racont\u00e9. Nous nous sommes assis au soleil, partageant des histoires sur ceux que nous avions aim\u00e9s et perdus. Ce n\u2019\u00e9tait pas grand-chose. Juste deux vieux voisins, se souvenant.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, quelque chose a chang\u00e9. Mme Gable, du bout de la rue, a commenc\u00e9 \u00e0 apporter \u00e0 M. Evans une part de tarte chaque vendredi. Le jeune Tommy, du num\u00e9ro 42, a pris l\u2019habitude de tondre sa pelouse sans qu\u2019on le lui demande. Je n\u2019avais rien pr\u00e9vu. Je n\u2019avais rien demand\u00e9. Les gens l\u2019ont simplement\u2026 remarqu\u00e9. Comme moi.<\/p>\n\n\n\n<p>La semaine derni\u00e8re, M. Evans m\u2019a tendu une seule rose rouge, parfaite. Ses mains ne tremblaient plus. \u00ab Pour John, \u00bb dit-il. \u00ab Et pour vous, Lucia. Merci de m\u2019avoir vu. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai pleur\u00e9 un peu. L\u00e0, sur le porche.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Les gens pensent que la vraie bont\u00e9 demande de grands gestes. Des parades. Des projets impressionnants. Mais parfois ? C\u2019est juste \u00eatre pr\u00e9sent. Arroser les roses d\u2019un voisin qui avait oubli\u00e9 comment saluer. Voir la douleur silencieuse derri\u00e8re une porte ferm\u00e9e. Cela ne co\u00fbte rien. Juste un instant de votre temps. Et le courage de frapper.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes tous sujets \u00e0 la solitude. Nous avons tous besoin d\u2019\u00eatre vus par quelqu&rsquo;un. Peut-\u00eatre que la chose la plus puissante que nous puissions faire, c\u2019est simplement nous remarquer les uns les autres. Pas r\u00e9parer le monde. Juste arroser les roses. Une main tremblante apr\u00e8s l\u2019autre. C\u2019est ainsi que la solitude meurt. Pas dans un cri, mais dans un simple \u00ab Bonjour. Je suis l\u00e0. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Allez arroser les roses de quelqu\u2019un aujourd\u2019hui. Vous ne savez pas quel monde vous pourriez ramener \u00e0 la vie.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Mabelle<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bonjour, j&rsquo;esp\u00e8re que vous allez merveilleusement bien. Je vous partage ce matin une histoire qui m&rsquo;\u00e9meut. \u00ab\u00a0J\u2019habite dans une rue tranquille de l\u2019Ohio. La m\u00eame maison depuis quarante-deux ans. Je m\u2019appelle Lucia. J\u2019ai soixante-trois ans. Chaque matin, je m\u2019assois sur mon porche avec ma tasse de th\u00e9. Je regarde le monde passer. 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