{"id":872,"date":"2015-03-02T05:41:05","date_gmt":"2015-03-02T04:41:05","guid":{"rendered":"http:\/\/etresoi-e.com\/blog\/?p=872"},"modified":"2014-05-11T18:52:16","modified_gmt":"2014-05-11T17:52:16","slug":"agir-ou-accepter","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/etresoi-e.com\/blog\/agir-ou-accepter\/","title":{"rendered":"Agir ou accepter"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">Fran\u00e7ois \u00e9tait travailleur, courageux et tenace. Il cultivait sa terre avec bonheur. Ses champs les plus fertiles s\u2019\u00e9tendaient le long du fleuve. Il les appelait ses terres du bas.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sur les terres du milieu, il y avait sa ferme entour\u00e9e de vergers, de prairies et de quelques cultures.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sur les terres du haut, plus arides, poussaient des oliviers.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Jacques \u00e9tait un vieil ami. Il avait quitt\u00e9 le village pour parcourir le vaste monde. Il avait bourlingu\u00e9 pendant des ann\u00e9es avant de revenir au pays, la peau tann\u00e9e, la besace pleine de r\u00e9cits merveilleux et d\u2019une bonne dose de sagesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Le fleuve, bon an mal an, sortait de son lit et f\u00e9condait les terres du bas puis se retirait. Fran\u00e7ois l&rsquo;appelait son alli\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Cette ann\u00e9e-l\u00e0, les eaux gonfl\u00e8rent plus que de coutume. Un flot tumultueux envahit les terres du bas et submergea bient\u00f4t les terres du milieu. Fran\u00e7ois mit ses b\u00eates \u00e0 l\u2019abri sur les terres du haut et rejoignit sa ferme \u00e0 la nage.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/etresoi-e.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/inondations.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-873\" src=\"http:\/\/etresoi-e.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/inondations.jpg\" alt=\"inondations\" width=\"259\" height=\"194\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">R\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tage, il voyait les flots grossir inexorablement. La peur commen\u00e7a \u00e0 \u00e9treindre son coeur, mais il ne voulut pas abandonner sa maison.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">L\u2019eau monta encore. Il se retrouva sur le toit, serrant contre lui quelques objets.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Jacques veillait au grain. Il connaissait bien son ami: il \u00e9tait si obstin\u00e9 qu\u2019il se serait laiss\u00e9 emporter par les flots plut\u00f4t que de quitter ses biens.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Jacques dirigea sa barque vers la ferme.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8211; Monte, dit-il. Les eaux vont t\u2019emporter.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8211; Pas question, elles finiront bien par se retirer. Je ne quitterai pas mon toit.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8211; Fuir vaut mieux que risquer la mort. Pour faire face au danger, il vaut parfois mieux l&rsquo;\u00e9viter, s\u2019en \u00e9loigner, partir.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Fran\u00e7ois d\u00e9cida de suivre Jacques. Il s\u2019installa dans une grange qu\u2019il poss\u00e9dait sur les terres du haut. Les jours pass\u00e8rent. Les eaux ne baissaient toujours pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">D\u2019alli\u00e9e, la nature \u00e9tait devenue hostile.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Fran\u00e7ois sentit monter en lui une profonde col\u00e8re contre les \u00e9l\u00e9ments d\u00e9cha\u00een\u00e9s, qui se transforma vite en un d\u00e9sir puissant d\u2019affronter et de combattre ce nouvel ennemi. Il r\u00e9ussit \u00e0 convaincre les hommes du village de mener ce combat avec lui. Ensemble, ils r\u00e9ussirent \u00e0 construire des digues et de solides murs pour s\u00e9parer les eaux des terres du milieu et regagn\u00e8rent ainsi une partie de leurs vergers et de leurs champs.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Mais les\u00a0terres du bas restaient sous les eaux. Le terrain y \u00e9tait instable, les digues s\u2019affaissaient.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Jacques voyait Fran\u00e7ois lutter sans succ\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8211; Laisse tomber, lui dit-il, cesse ce combat vain et \u00e9puisant.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8211; N\u2019y compte pas, r\u00e9pliqua Fran\u00e7ois. Je ne suis pas un l\u00e2che.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8211; Au contraire, dit Jacques. Tu as fait tout ce que tu pouvais pour sauver tes terres. Tu as lutt\u00e9 avec courage et t\u00e9nacit\u00e9. Mais la nature est plus forte que nous. Changer les choses ne d\u00e9pend plus de toi. Aie la sagesse d\u2019arr\u00eater ce combat.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8211; Me r\u00e9signer, r\u00e9torqua Fran\u00e7ois, jamais.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8211; Reconna\u00eetre ton impuissance et cesser d\u2019\u00e9puiser tes forces dans une lutte vaine n&rsquo;est pas de la r\u00e9signation, dit Jacques, mais une fa\u00e7on de commencer \u00e0 faire le deuil de tes terres du bas, \u00e0 abandonner ton r\u00eave de tout r\u00e9cup\u00e9rer et \u00e0 accepter cette nouvelle r\u00e9alit\u00e9. Si tu ne r\u00e9ussis pas \u00e0 l&rsquo;accepter tu pourrais effectivement sombrer dans la r\u00e9signation ou le d\u00e9sespoir, et passer ton temps \u00e0 ruminer ton impuissance et ta frustration ou \u00e0 regretter ce que tu as perdu.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8211; Mais les flots se retireront peut-\u00eatre, r\u00e9torqua Fran\u00e7ois, dans un dernier effort pour s\u2019accrocher \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle il tenait tellement. Ou nous finirons par trouver un moyen de construire des digues plus solides.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8211; Si cela arrive et si entre temps tu as r\u00e9ussi \u00e0 faire le deuil de tes terres, dit Jacques, ton bonheur de les retrouver sera d\u2019autant plus grand.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8211; Je pense que tu as raison, dit Fran\u00e7ois, m\u00eame si ce que tu sugg\u00e8res me para\u00eet tr\u00e8s dur.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8211; Oui, r\u00e9pondit Jacques, le chemin de l\u2019acceptation est tr\u00e8s difficile. Il demande autant de courage et de t\u00e9nacit\u00e9 que la lutte contre les \u00e9l\u00e9ments.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">La tristesse t\u2019envahira souvent. Sache l&rsquo;accueillir, car elle t\u2019aidera \u00e0 avancer et te permettra de mesurer le chemin parcouru.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Quand elle te quittera, tu seras arriv\u00e9 \u00e0 destination.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Fran\u00e7ois estima une fois encore que son vieil ami faisait preuve de sagesse et d\u00e9cida d\u2019accepter la perte de ses terres. Cela fut long et difficile, mais il y parvint.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">N\u2019\u00e9tant plus obs\u00e9d\u00e9 par la r\u00e9cup\u00e9ration de ses terres, il put consacrer toutes ses forces \u00e0 valoriser ses champs, ses vergers et ses prairies du milieu et du haut.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Il retrouva s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, entrain et joie de vivre.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Quelques mois plus tard, Jacques dit \u00e0 son ami qu\u2019il s\u2019appr\u00eatait \u00e0 faire un long voyage pour rendre visite \u00e0 un vieux compagnon d\u2019aventure.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8211; Si tu veux, tu peux m\u2019accompagner, dit Jacques. Tu m\u00e9rites un peu de repos, apr\u00e8s le travail ardu que tu as accompli ces derniers mois.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Fran\u00e7ois y consentit et ils partirent pour un pays lointain retrouver le vieil ami de Jacques. On l\u2019appelait Archim\u00e8de. C\u2019\u00e9tait un vieil homme original et ing\u00e9nieux. En toute circonstance, il trouvait un moyen de se tirer d\u2019affaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Un jour, Jacques sugg\u00e9ra \u00e0 Fran\u00e7ois d\u2019accompagner Archim\u00e8de au march\u00e9. Ils travers\u00e8rent un village qui attira l\u2019attention de Fran\u00e7ois car il ressemblait \u00e9trangement au sien. Un fleuve le traversait, bord\u00e9 de champs et de prairies. Mais ce qui l\u2019intrigua surtout, ce fut un groupe d\u2019hommes occup\u00e9s \u00e0 travailler dans les eaux peu profondes longeant les berges du fleuve.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8211; Que font-ils, demanda Fran\u00e7ois ?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8211; Ils ont fix\u00e9 sur le fond du fleuve des nasses pour attraper des poissons, r\u00e9pondit Archim\u00e8de.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Alors Fran\u00e7ois comprit que Jacques, par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019Archim\u00e8de, lui avait une nouvelle fois tendu la perche. Il rentra chez lui, reconquit ses terres du bas, qui \u00e9taient devenues les hauts fonds du fleuve, en y installant des nasses pour y prendre des poissons. Et le fleuve redevint son alli\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Texte de Charles Brulhart, Janvier 2006<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Il est bien inutile de vouloir lutter en permanence, il s&rsquo;agit d&rsquo;accepter les limites de notre\u00a0<em>ma\u00eetrise\u00a0<\/em>des choses, des \u00e9v\u00e9nements et du monde.\u00a0<\/em><em>Et de l\u00e2cher-prise.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Merveilleuse journ\u00e9e &#8211; <em>Mabelle<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fran\u00e7ois \u00e9tait travailleur, courageux et tenace. Il cultivait sa terre avec bonheur. Ses champs les plus fertiles s\u2019\u00e9tendaient le long du fleuve. Il les appelait ses terres du bas. Sur les terres du milieu, il y avait sa ferme entour\u00e9e de vergers, de prairies et de quelques cultures. 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