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Un désordre contrôlé pour plus de diversité

Le tas de bois que vous alliez emmener à la déchetterie est un hôtel cinq étoiles pour soixante espèces. Déposez-le dans un coin, ne le touchez plus jamais, et regardez ce qui s’installe.

Matériel : branches de taille de différents diamètres (3-15 cm), quelques bûches, feuilles mortes, un coin ombragé ou mi-ombragé contre un mur ou une haie.

Étapes : empiler les grosses bûches à la base en laissant des espaces irréguliers entre elles, croiser les branches moyennes au-dessus, entasser les petites branches et brindilles en vrac sur le dessus, combler quelques interstices avec des feuilles mortes sans tasser, laisser des ouvertures latérales au niveau du sol.

Le bois mort est la ressource la plus rare dans les jardins modernes. Tout est ramassé, broyé, évacué — et avec lui disparaissent les espèces qui en dépendent.

Le lucane cerf-volant pond dans les bûches en contact avec le sol. Ses larves se développent pendant trois à cinq ans dans le bois en décomposition avant d’émerger — le plus gros coléoptère de France, et il a besoin d’un tas de bois pour exister. Le hérisson s’installe dès le premier automne pour hiberner dans les interstices entre les bûches basses — un abri sec, isolé, invisible aux prédateurs. L’orvet fragile, ce lézard sans pattes que tout le monde prend pour un serpent, chasse les limaces la nuit depuis la base du tas. Le troglodyte mignon niche dans les cavités entre les branches dès mars. Les champignons saprophytes colonisent les bûches humides et recyclent la cellulose en humus.

Timeline : Mois 1 → cloportes, mille-pattes, araignées. Mois 3 → coléoptères, forficules. Automne 1 → hérisson potentiel. Année 2 → champignons, larves de lucane. Année 3+ → écosystème autonome.

Un jardin trop propre est un jardin qui a expulsé ses locataires. Le désordre contrôlé, c’est de la biodiversité organisée.

Pensez à eux

Mabelle