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En 4 générations, l’autonomie des enfants s’est effondrée

Elle est passée de 10 km à 300 m.

Publication de Hélène Cuney

En 1919, un enfant de 8 ans parcourait 10 kilomètres seul pour aller pêcher.

En 1950, son petit-fils marchait 1 kilomètre pour rejoindre le bois.

En 1979, sa fille allait à la piscine, à 800 mètres.

En 2007, son arrière-petit-fils avait le droit d’aller au bout de sa rue. 300 mètres. Son royaume s’est rétréci à la taille d’un trottoir.

De génération en génération, l’autonomie des enfants s’est dissoute comme du sel dans l’eau. Un effondrement silencieux aux conséquences graves. En perdant leur liberté de mouvement, les enfants perdent bien plus qu’un espace de jeu : ils perdent leur autonomie physique, leur stabilité émotionnelle, leur curiosité et leur lien au vivant. Car c’est là que tout commence : dans ces mètres arrachés à la peur.

Ce constat me rappelle un concept égyptien : Ouadj.

Ouadj, c’est la couleur verte mais pas seulement. Cela désigne aussi un état.

La vitalité du jeune papyrus au bord du Nil.

La fraîcheur de ce qui pousse.

La sève qui circule.

La régénération.

Ouadj, c’était aussi le nom du sceptre des déesses, une tige de papyrus qui symbolisait l’éternelle jeunesse.

Mais le papyrus ne pousse pas dans un pot. Il lui faut les berges, l’eau, le soleil, du territoire.

Le Ouadj ne survit pas sans espace.

En regardant nos enfants aujourd’hui, c’est ce mot qui me revient. La verdeur a besoin de mouvement. La jeunesse n’existe pas sans dehors. Nos enfants n’ont pas perdu leur curiosité. Ils ont perdu leur territoire.

On les élève comme des bonsaïs : jolis, prudents, contenus.

Mais sans terrain, il n’y a plus de croissance, juste du maintien.

Le monde est-il plus dangereux qu’avant ?

Pas forcément. Les statistiques montrent que les accidents impliquant des enfants n’ont cessé de diminuer. La peur, elle, a explosé.

Et cette peur a un coût : entre 1983 et 2008, le nombre d’enfants jouant dehors a chuté de 50%.

Tout en partageant cet article, je ne peux m’empêcher de réagir. Je ne sais pas si le monde est plus dangereux qu’avant, peut-être est-ce juste une question de médiatisation. Par contre, les statistiques ne veulent rien dire, depuis quand sont elles tenues ? Qui les a faites ? Sur quelle base ? Entre les faits connus et ceux qui ne le sont pas, il y a un monde et le nombre de disparition d’enfants, d’adolescents et même d’adultes est astronomique. La traite d’êtres humains est bien réelle et les réseaux existent.

Je reste convaincue qu’il y a énormément de détraqués sur cette planète, que les prédateurs sont partout, en centre ville, en pleine campagne. J’ai lu dernièrement que, lors d’un contrôle fiscal chez un restaurateur bien connu et apprécié de tous, des congélateurs de viande humaine ont été découverts, avec les restes d’au moins trois personnes (qu’elles reposent en paix après avoir rencontré ce malade). Malheureusement, des personnes comme ce restaurateur, il y en a bien plus qu’on pourrait l’imaginer, qui agissent seules ou sur « ordre » pour ceux qui préfèrent ne pas faire le sale travail. Les faits sont là même si rarement étalés dans les merdias officiels.

Alors, oui, sans doute que de surprotéger un enfant n’est pas l’idéal et le coupe dans son apprentissage, mais d’être agressé, violé ou tué, ça ne lui apprend rien non plus. Et, si par chance, il en sort vivant, il n’en sera pas indemne mais traumatisé pour le reste de sa vie.

Le système semble mettre tout en place pour banaliser certains actes monstrueux, des agresseurs d’une jeune fille sortent du tribunal sans condamnation. Idem pour un père prostituant sa propre fille. A côté de ça des agriculteurs qui défendent leurs bêtes ou des manifestants pour l’avenir de leur famille sont mis en prison. C’est quoi le message ? Peut-être la peine encourue dissuadait elle certains à passer à l’acte, là pourquoi se priveraient ils puisque tout les y encourage. Donc, oui, il y a la peur bien légitime d’un parent qui craint pour la sécurité de son enfant puisqu’il n’y a plus aucune peur du côté de ceux qui pourraient s’en prendre à eux.

Au 21ème siècle, laisser son enfant partir seul de l’autre côté du village pour jouer avec un copain, ça revient presque à le lâcher dans un enclos de tigres affamés malheureusement.

Prends soin de toi. Mabelle

Quand les enfants s’en vont

Personne ne te prévient de ce silence étrange qui arrive quand tes enfants deviennent grands.

Ce n’est pas le silence d’une maison vide… c’est un silence qui s’installe dans ton cœur.

Celui qui apparaît quand on ne te demande plus : « Maman, on mange quoi ? »,

quand ils n’ont plus besoin de ton regard, quand ils apprennent à vivre… sans toi comme centre de leur monde.

Tu souris, évidemment.

C’était le but depuis le début : les voir forts, debout, libres.

Mais dans le même instant où ils prennent leur envol, un petit morceau de toi recule, doucement, en silence.

Être mère d’adultes, c’est un nouveau rôle.

C’est retenir les phrases qui brûlent les lèvres.

C’est attendre un message qui ne vient pas.

C’est aimer sans déranger, conseiller seulement quand on te le demande, pas souvent, voire jamais, parce qu’ils savent mieux que toi évidemment.

Et apprendre à donner de l’amour… en arrière-plan.

Tu les observes de loin, le cœur serré mais fière.

Parfois ils se confient, juste sur une petite chose, parfois non.

Tu fais comme si tout allait bien, même si ça pique un peu de ne plus être leur première pensée.

Et pourtant, tu continues.

Tu cuisines encore leurs plats préférés.

Tu gardes précieusement leurs photos.

Tu glisses leur prénom dans chaque prière du soir.

Parce qu’une mère n’arrête jamais d’aimer.

Elle change juste de place.

Moins visible… mais toujours essentielle.

Être mère d’un adulte, c’est accepter qu’il suit sa route, mais garder la porte du cœur ouverte, toujours.

Car certains amours ne disparaissent jamais.

Ils deviennent silencieux.

Ils deviennent patients.

Ils deviennent éternels.

Et moi, j’attends. Sans bruit. Avec tout mon amour, espérant un appel, une visite, un sourire, un baiser, qui sait ?

Prends soin de toi

Mabelle