Archives de catégorie : Textes à méditer

Des petits textes pour nous donner à réfléchir

Le diamant et la rosée

rosée

Un beau diamant, tombé des mains d’une princesse gisait dans un pré.

Juste au-dessus de lui, brillait une goutte de rosée, timidement accroché à un brin d’herbe.

Le soleil les faisait étinceler et la modeste goutte de rosée admirait la pierre de noble origine.

Un gros scarabée en promenade reconnut dans le diamant un personnage de haute origine.

– Seigneur, mes hommages.

– Merci mon bon, répondit le diamant avec hauteur.

En relevant la tête, le scarabée aperçut la goutte de rosée.
– Une de vos parentes, je présume ? Et il s’inclina une seconde fois.

Le diamant partit d’un éclat de rire méprisant.
– Quelle absurdité ! Déclara-t-il. Me mettre, moi, sur le même rang qu’un être vulgaire !
Sa beauté n’est qu’imitation : elle brille mais ne dure pas.
Et le diamant lança de tels feux que le scarabée fut ébloui.

 La pauvre goutte de rosée était humiliée.

C’est alors qu’une alouette descendit en flèche et vint donner du bec contre le diamant.

– Ah ! fit-elle désappointée, ce que je prenais pour une goutte d’eau n’est qu’un misérable diamant.

Mon gosier est desséché, je vais mourir de soif.

– Une de plus ou de moins… ricana le diamant.

Mais la goutte de rosée venait de prendre une noble
résolution.
– Puis-je vous être utile, moi ? demanda-t-elle.
L’alouette releva la tête.

– Oh! ma précieuse amie, vous me sauveriez la vie.

Et la goutte de rosée glissa du brin d’herbe dans le
gosier altéré de l’alouette.

Voilà une leçon que je n’oublierai pas pensa le scarabée
en reprenant sa promenade. Le simple mérite vaut plus que le rang et la richesse sans modestie et sans dévouement. Il ne peut y avoir aucune réelle beauté sans cela.

Merveilleuse semaine

Mabelle

La rose et les épines

Rose

Un homme avait vu une photo de rose sur un catalogue, il commanda le rosier et l’arrosa régulièrement.

Un jour, alors qu’il l’examinait, il vit qu’un beau bourgeon allait fleurir sous peu, mais il se piqua aux épines sur la tige.
« Comment une si belle fleur peut elle provenir d’un plant si mauvais et épineux? »
Attristé par cette pensée et en colère, il arrêta d’arroser la rose et avant qu’elle ne soit éclose, et elle mourut.

Nous pouvons tous être comparés à des roses. Les qualités implantées en chacun à la naissance croissent parmi les épines des erreurs.
Nous ne voyons bien souvent que les épines, les défauts.
Nous désespérons, négligeons d’arroser ce qu’il y a de bon en nous ou dans l’autre, par la confiance, les compliments, la gentillesse,…

A l’intérieur de chaque âme, il y a une rose que beaucoup ne voient pas.

Un des plus grands dons qu’une personne possède est d’être capable de passer par dessus les épines et de trouver la rose en elle et chez l’autre.
S’accepter imparfait et accepter les erreurs des autres, tout en reconnaissant la noblesse de l’âme.

Avec Amour et Bienveillance je vous souhaite le meilleur

Mabelle

Les possessions

diamant-russie

Un voyageur qui venait d’arriver aux abords d’un village, s’installa sous un arbre pour y passer la nuit.

Au bout d’un moment, un jeune homme plein d’enthousiasme arriva en courant et lui cria : “Donne-moi la pierre précieuse !”

Le voyageur le regarda d’un air déconcerté et lui dit : “Je suis désolé, mais je ne sais pas de quoi tu parles”.

Un peu plus calme, le villageois s’assied à ses côtés. “Hier, pendant la nuit, une voix m‘a parlé en rêve”, lui confessa-t-il. “Et elle m’a assuré que si au crépuscule je venais aux abords du village, je rencontrerais un voyageur qui me donnerait une pierre précieuse qui me rendrait riche pour toujours”.

Le voyageur chercha dans son sac et en tira une pierre de la taille du poing : “Tu te réfères probablement à celle-là. Je l’ai trouvé jolie et pour cette raison je l’ai gardée. Prends-la, maintenant elle est à toi” dit-il en tendant la pierre au jeune garçon.

C’était un diamant ! Le jeune villageois euphorique s’en saisit, et retourna chez lui en bondissant d’allégresse.

Pendant que le voyageur dormait paisiblement sous le ciel étoilé, le jeune homme, lui, ne pouvait pas fermer l’oeil. La peur qu’on lui vole son trésor lui avait quitté le sommeil et il passa toute la nuit en veille.

Au lever du jour, il partit en courant à la recherche du voyageur. Dès qu’il le vit, il lui rendit le diamant, et très sérieusement le supplia : “S’il te plaît, apprend-moi comment obtenir la richesse qui te permet de te défaire de ce diamant avec une telle facilité”.

Souvent on pense que nos possessions contribuent à notre bonheur. Il n’en est rien, cette jolie histoire nous démontre que la vraie richesse est ailleurs, le bonheur n’est pas conditionnel. Qu’en pensez-vous ?

Mabelle

Les deux tigres

tigres

Deux tigres convoitaient un grand morceau de fromage. Chacun disait qu’il lui appartenait parce qu’il avait été le premier à le voir.

 Ils étaient sur le point de se battre. Déjà leurs griffes acérées brillaient sous le soleil. La mort attendait patiemment que l’un des deux trépasse quand soudain, un renard arriva sur l’aire du combat. Aussitôt, les tigres se tournèrent vers ce visiteur inattendu et lui demandèrent de trancher leur différend.

 «Cher renard, habitant de la jungle, pouvons-nous faire appel à votre grande sagacité ? Voulez-vous s’il vous plaît nous donner un conseil sage et nous nous soumettrons à n’importe quel jugement que vous nous donnerez »

Après avoir longuement expliqué au renard le motif de la querelle, ce dernier, l’air sagace déclara :

« O, vous les plus rapides de tous les prédateurs de la jungle, je vous remercie de votre confiance en me demandant d’arbitrer votre querelle. Soyez certains que j’agirai le plus impartialement du monde ».

Le renard s’est alors assis devant les deux tigres querelleurs et a commencé les débats. Après la vérification des faits et l’audition des arguments des deux parties, il s’est adressé aux demandeurs de la façon suivante ainsi :

«O, grands tigres, j’ai écouté votre affaire et assurément, il peut être dit beaucoup de choses de chaque côté. Cependant, il me paraît juste de couper ce morceau de fromage en deux parts égales et d’en remettre un morceau à chacun d’entre vous. »

Les deux tigres se sont regardés puis ont acquiescé en disant : «Sage renard ta décision est vraiment juste et nous acceptons ton jugement».

Le renard, qui comme chacun le sait, et très rusé continua de la sorte : « Mais pour arriver à un résultat plus juste et plus équitable encore, je dois moi-même diviser le fromage en deux parts égales et vous les donner afin que vous ne commenciez pas à vous battre à nouveau. Apportez-moi une balance et un couteau pointu. »

Les tigres pensaient que c’était une idée très sage de laisser diviser le fromage par le renard et apportèrent à la hâte une balance et  un couteau de cuisine bien affûté.

Le renard à l’aide de ce couteau coupa le fromage en deux parties d’un seul coup. Il mit chaque partie sur un plateau de la balance et constata qu’un des plateaux n’était pas à la même hauteur que l’autre. « Mmmmmmm », dit le renard « il me semble que les deux moitiés ne sont pas égales du tout. » Il prit le morceau le plus lourd et en coupa une tranche afin de le rendre semblable à l’autre. Il mangea la tranche qu’il venait de couper et reposa les morceaux sur les plateaux de la balance.

Il regarda à nouveau les plateaux. Le morceau dont il avait pris une tranche était maintenant plus léger que l’autre. Le renard secoua la tête et dit : « Nah! Cela ne va pas. Les deux pièces ne semblent pas être égales. » Les tigres étaient bien d’accord avec cette observation. Le renard prit le morceau le plus lourd et coupa une tranche afin de le rendre semblable à l’autre. Il mangea la tranche qu’il venait de couper et reposa les morceaux sur les plateaux de la balance.

Cela continua pendant près d’une heure. Petit à petit, le renard mangeait les tranches qu’il ôtait de la pièce de formage la plus lourde. Lorsque les morceaux de fromage devinrent minuscules, les tigres se regardèrent avec stupéfaction. Ils s’étaient engagés à respecter la décision du renard, ils ne pouvaient donc rien dire mais n’en pensaient pas moins.

Il ne restait plus à présent qu’un seul minuscule morceau de fromage dans un des plateau de la balance. Le rusé renard le mit dans sa bouche et jeta au loin la balance et le couteau avant de disparaître dans les bois.

Les deux tigres se rendirent compte mais un peu tard qu’ils avaient été bernés. Ils avaient été bien idiots de s’être disputés pour morceau de fromage qu’ils auraient pu amicalement diviser et manger.

Conte hindou,  à méditer.

Merveilleuse semaine à vous

Mabelle

Le grand sage

Un Roi , ayant entendu parler d’un Sage dont l’enseignement était réputé dans la région , l’invita à dîner.

Le jour précédent l’invitation , le Grand Maître se présenta au palais dans l’habit de mendiant qu’il portait parmi ses disciples. Personne ne fit attention à lui . Il entra , mais n’eut pas même le temps d’arriver à la salle à manger : les pages du Roi , voyant ce mendiant , souiller de sa présence le sol royal , le menèrent vers les cuisines où on lui offrit quelques restes .

grand sage

Le Sage ne dit rien mais s’en alla comme il était venu .

Le lendemain , il revint chez le Roi , cette fois-ci vêtu de son plus beau punjabi traditionnel : on lui réserva une place d’honneur au milieu des convives de haut rang . Mais dès que les pages du Roi apportèrent les plats , la réaction du Sage surprit tout le monde : il prit la nourriture dans ses mains et en fit une boule qu’il mit dans ses proches.

Le Roi choisit de ne rien dire mais alors qu’on apportait le dernier plat , le Grand Maître plongea la main à l’intérieur et en retira une pleine poignée de riz qu’il répandit sur son manteau en disant : ¨ Tiens , c’est pour Toi ¨ .

Le Roi n’y tenant plus lui lança: ¨Serais-tu devenu fou, toi que l’on dit Sage ?¨

Après un long silence , le Maître répondit :

« Je me suis présenté chez toi dans mon habit de mendiant et l’on m’a donné les restes comme à un chien . Aujourd’hui , j’arrive richement vêtu et on m’honore . C’est donc mon manteau que l’on invite , il est normal que ce soit lui qui se nourrisse »

Source inconnue

La tortue avisée

Tout le monde sait que les tortues sont extrêmement avisées. Un jour, l’une d’entre elles rassembla tous les animaux pour les avertir :
« Une dangereuse plante pousse dans notre forêt. Nous devons la supprimer, sinon c’est elle qui nous supprimera !  »

tortue

La tortue conduisit les animaux à la lisière de la forêt où s’étendaient les champs de chanvre et dit : « Voici la plante en question !  »

Les animaux l’examinèrent et goûtèrent à ses petites feuilles. L’antilope fit la grimace : « C’est amer. Je ne vois pas pourquoi je devrais la brouter.  »

Le flamant hochait la tête : « Moi non plus. Je ne peux rien faire du chanvre, puisque je vis la plupart du temps dans l’eau. »

La carpe ne dit rien, mais s’en alla d’un coup de nageoire.

Ainsi, le chanvre poussa en toute tranquillité.

Un jour, les hommes vinrent, l’arrachèrent et en tressèrent des cordes. Ils les prirent pour bander leurs arcs. Ensuite, ils taillèrent des flèches dans l’écorce de palmier et allèrent chasser les oiseaux.

Arrivés au bord de l’eau, ils lancèrent leurs flèches contre une bande de flamants. Les oiseaux s’envolèrent, mais l’un d’entre eux resta sur la rive, mortellement blessé.

La tortue s’approcha de lui : « Si tu m’avais obéi lorsque je t’avais demandé de supprimer la plante de la forêt, tu volerais aujourd’hui tranquillement dans les cieux !  »

Le flamant supplia : « Aie, tortue ! aide-moi  »

« Il est trop tard.  »

Un homme vint, prit le flamant et l’emporta chez lui.

Ensuite, les hommes prirent une canne et y attachèrent une corde avec un crochet au bout. Ils plongèrent l’hameçon dans l’eau et en très peu de temps, une carpe s’agita au bout de la corde.

La tortue s’approcha d’elle à la nage : « Si tu m’avais écoutée, tu nagerais aujourd’hui en toute tranquillité !  »

« Aïe, tortue ! aide-moi !  » supplia la carpe.

« Il est trop tard « , répondit la tortue.

Un homme tira sur la canne et sortit la carpe de l’eau.

Ensuite, les hommes prirent les cordes et en firent des noeuds coulants qu’ils disposèrent sur un sentier. L’antilope s’y laissa prendre.

La tortue s’approcha d’elle : « Si tu m’avais écoutée, tu courrais aujourd’hui tranquillement dans la clairière !  »

« Aie, tortue ! aide-moi !  » supplia l’antilope.

La tortue rongea la corde et libéra l’antilope. Depuis ce jour, elles furent amies. Et pourtant, l’antilope était aussi idiote que la tortue était rusée. Certes, elle admirait son amie pour son intelligence mais se disait dans son for intérieur : « Son intelligence ne lui sert à rien, puis qu’elle est lente. Elle ne peut attraper personne, pas plus qu’elle ne peut fuir ses ennemis.  »

Un jour, la tortue défia l’antilope : « Tu me crois lente, mais je peux te battre à la course quand cela me plaît.  »

« Je voudrais voir cela !  » riait l’antilope.

« Alors regarde bien. Nous allons courir jusqu’au sommet de cette colline et on verra bien laquelle d’entre nous y arrivera la première.  »

Juste avant la course, la tortue mordit la queue de l’antilope et s’y suspendit.

L’antilope courut jusqu’au sommet de la colline et se retourna pour voir peiner la tortue. Celle-ci lâcha la queue de l’antilope et dit : « Je suis là. je t’attendais.  »

L’antilope avait beau se creuser la tête, elle ne comprit pas comment la tortue s’y était prise pour arriver avant elle.

En ce temps-là, le roi des animaux, le lion, convia tous ses sujets à un somptueux festin. Le léopard, le singe, l’éléphant vinrent ainsi que l’antilope et la tortue. Le repas fut magnifique, il y avait de la nourriture en abondance pour tout le monde. L’éléphant mangea des bananes, le crocodile du poisson. Par malchance, la tortue et l’antilope, qui avaient déjà l’eau à la bouche, avaient oublié leurs assiettes à la maison. Le lion avait bien demandé aux animaux d’apporter leurs assiettes, mais la stupide antilope n’y avait pas pensé. La tortue, occupée à inventer ses mauvais tours, avait bel et bien oublié, elle aussi, son couvert.

Elle se tourna donc vers l’antilope : « Cours vite à la maison chercher deux assiettes pour que nous puissions manger !  »

Mais l’antilope n’avait pas envie : « Pourquoi moi ? Ne cours-tu pas plus vite que moi ?  »

« Certes, mais tu habites plus près.  »

L’antilope s’en alla chercher deux assiettes, mais auparavant, elle cria à la tortue : « Ne mangez pas tout !  »

La tortue se mit aussitôt en quête d’une assiette. Elle aperçut un minuscule roitelet qui portait une énorme assiette.
« A quoi te sert une aussi grande assiette ?  » lui demanda la tortue. « Deux graines suffisent pour te remplir l’estomac.  »

« Tu as bien raison « , acquiesça le roitelet. « D’ailleurs, j’ai fini de manger.  »

« Dans ce cas, pourrais-tu me prêter ton assiette ? J’ai oublié la mienne à la maison « , demanda la tortue.

Le roitelet ne se fit pas prier : « Fais seulement attention à ne pas la casser.  »

La tortue remplit son assiette et mangea à se faire éclater le ventre.

Après qu’elle eut rendu l’assiette au roitelet, l’antilope revint. Elle se mit aussitôt à se lamenter : « Vous ne m’avez rien laissé !  »

Et, en effet, seuls des os et des peaux de bananes témoignaient du magnifique festin.

« Tu n’es pas la seule !  » riposta la tortue. « je n’ai pas mangé une seule bouchée en attendant mon assiette. Tu en as mis du temps !  »

Le lion interrompit les lamentations de la tortue et de l’antilope qui se tenaient là, toutes penaudes, l’assiette vide à la main : « Vous avez tous bien mangé et vous avez pris des forces. Je vous donnerai l’occasion d’en faire une brillante démonstration. Nous allons tous lutter les uns avec les autres. Les vaincus deviendront les serviteurs des vainqueurs et le plus fort d’entre nous sera le roi. L’éléphant arbitrera les combats.  »

L’idée du lion était bonne. Il avait beau être très courageux et puissant, l’éléphant était tout de même plus fort que lui. En tant qu’arbitre, cependant, il ne pouvait pas prendre part à la compétition.
Le lion ouvrit les hostilités en rugissant et bondit sur l’antilope. Celle-ci s’écarta et s’enfuit à toutes jambes. Voyant qu’il n’arriverait pas à l’attraper, le lion se tourna contre la tortue qui se tenait juste à côté. Malheureusement, il ne pouvait rien contre sa dure carapace. Il essaya donc de la retourner sur le dos avec sa patte, mais la tortue le mordit et rentra la tête dans sa carapace, tenant la patte du lion bien serrée dans ses mâchoires. Le lion rugit de douleur, mais la tortue tint bon. L’éléphant dut la déclarer vainqueur de la compétition.

Le lion s’en alla, vexé et humilié. La tortue devint la reine des animaux. Lorsque l’antilope revint sur ses pas, la tortue lui dit : « Je t’ai sauvé la vie une seconde fois. Si je n’avais pas tenu la patte du lion, il aurait bien fini par t’attraper.  »

L’antilope la remercia avec effusion. La tortue ne resta pas longtemps au pouvoir. Les animaux oublièrent rapidement qu’elle avait vaincu le lion et celui-ci récupéra petit à petit tout son prestige.

Au demeurant, la tortue se moquait éperdument de sa nouvelle fonction, elle était trop intelligente pour une reine !

Conte africain

Que le meilleur vous accompagne – Mabelle

Les miroirs de l’âme

génie

Il était une fois un jeune prince qui trouvait les gens autour de lui méchants et égoïstes. Il en parla un jour à son précepteur qui était un homme sage et avisé et qui confia une bague au prince.

– Cette bague est magique. Si tu la tournes trois fois sur elle-même, un génie t’apparaîtra. Toi seul le verras. Chaque fois que tu seras insatisfait des gens, appelle le. Il te conseillera. Mais fais attention : ce génie ne dit la vérité que si on ne le croit pas. Il cherchera sans cesse à te tromper.

 Un jour, le prince entra dans une violente colère contre un dignitaire de la cour qui avait agi contre ses intérêts. Il fit tourner trois fois la bague. Aussitôt, le génie apparut :

– Donne-moi ton avis sur les agissements de cet homme, dit le prince.

– S’il a fait quelque chose contre toi, il est indigne de te servir. Tu dois l’écarter ou le soumettre.

À ce moment, le prince se souvint des paroles étranges de son précepteur.

– Je doute que tu me dises la vérité, dit le prince.

– Tu as raison, dit le génie, je cherchais à te tromper. Tu peux bien sûr asservir cet homme, mais tu peux aussi profiter de cette situation pour traiter avec lui, trouver un terrain d’entente et t’en faire un allié.

 Parcourant un jour la ville avec quelques compagnons, le prince vit une immense foule entourer un prédicateur populaire. Il écouta un instant le prêche de cet homme et fut profondément choqué par des paroles qui contrastaient violemment avec ses propres convictions. Il appela le génie.

– Que dois-je faire ?

– Fais-le taire ou rends-le inoffensif, dit le génie. Cet homme défend des idées subversives. Il est dangereux pour toi et pour tes sujets.

Cela me paraît juste, pensa le prince. Mais il mit néanmoins en doute ce que le génie avait dit.

-Tu as raison, dit le génie, je mentais. Tu peux neutraliser cet homme. Mais tu peux aussi examiner ses croyances, remettre en cause tes propres certitudes et t’enrichir de vos différences.

 Pour l’anniversaire du prince, le roi fit donner un grand bal où furent conviés rois, reines, princes et princesses. Le prince s’éprit d’une belle princesse qu’il ne quitta plus des yeux et qu’il invita maintes fois à danser sans jamais oser lui déclarer sa flamme.

 Un autre prince invita à son tour la princesse. Notre prince sentit monter en lui une jalousie profonde. Il appela alors son génie.

– Que dois-je faire, selon toi ?

– C’est une crapule, répondit le génie. Il veut te la prendre. Provoque-le en duel et tue-le.

Sachant maintenant que son génie le trompait toujours, le prince ne le crut pas.

– Tu as raison, dit le génie, je cherchais à te tromper. Ce n’est pas cet homme que tu ne supportes pas, ce sont les démons de tes propres peurs qui se sont éveillés quand tu as vu ce prince danser avec la princesse.Tu as peur d’être délaissé, abandonné, rejeté. Tu as peur de ne pas être à la hauteur. Ce qui se réveille en toi dans ces moments pénibles te révèle quelque chose sur toi-même.

 À l’occasion de la réunion du grand conseil du royaume, un jeune noble téméraire critiqua à plusieurs reprises le prince et lui reprocha sa façon de gérer les affaires du royaume. Le prince resta cloué sur place face à de telles attaques et ne sut que répondre.

L’autre continua de plus belle et à nouveau le prince se tut, la rage au cœur. Il fit venir le génie et l’interrogea.

– Ôte-lui ses titres de noblesse et dépouille-le de ses terres, répondit le génie. Cet homme cherche à te rabaisser devant les conseillers royaux.

– Tu as raison, dit le prince. Mais il se ravisa et se souvint que le génie mentait. Dis-moi la vérité, continua le prince.

– Je vais te la dire, rétorqua le génie, même si cela ne te plaît pas. Ce ne sont pas les attaques de cet homme qui t’ont déplu, mais l’impuissance dans laquelle tu t’es retrouvé et ton incapacité à te défendre.

 Un jour, dans une auberge, le prince vit un homme se mettre dans une colère terrible et briser tables et chaises. Il voulut punir cet homme. Mais il demanda d’abord conseil au génie.

– Punis-le, dit le génie. Cet homme est violent et dangereux.

– Tu me trompes encore, dit le prince.

– C’est vrai. Cet homme a mal agi. Mais si tu ne supportes pas sa colère, c’est avant tout parce que tu es toi-même colérique et que tu n’aimes pas te mettre dans cet état. Cet homme est comme un miroir pour toi.

 Une autre fois, le prince vit un marchand qui voulait fouetter un jeune garçon qui lui avait volé un fruit. Le prince avait vu filer le vrai voleur. Il arracha le fouet des mains du marchand et était sur le point de le battre lorsqu’il se ravisa.

– Que m’arrive-t-il, dit-il au génie. Pourquoi cette scène m’a-t-elle mis dans cet état ?

– Cet homme mérite le fouet pour ce qu’il a fait, répondit le génie.

– Me dis-tu la vérité ?

– Non, dit le génie. Tu as réagi si fortement parce que l’injustice subie par ce garçon t’a rappelé une injustice semblable subie autrefois. Cela a réveillé en toi une vieille blessure.

Alors le prince réfléchit à tout ce que le génie lui avait dit.

– Es-tu en train de me dire que ce ne sont pas les paroles ou les actes des autres qui me gênent, me troublent ou me touchent ?

– Tu as bien compris, dit le génie. Ce ne sont ni leurs paroles ni leurs actes qui te dérangent ou que tu n’aimes pas, mais ce qui se réveille en toi à ce moment-là : tes peurs, tes blessures, tes frustrations, tes insuffisances.

Toutes ces choses dorment au fond de toi et sont réanimées lorsque quelqu’un dit ou fait quelque chose qui entre en résonance avec elles.

Si tu jettes une mèche allumée dans une jarre d’huile, celle-ci s’enflammera. Mais si la jarre est vide ou qu’elle contient de l’eau, la mèche s’éteindra d’elle-même au fond.

Ton agacement face aux autres est comme un feu qui s’allume en toi et qui peut te brûler, te consumer, te détruire.

Mais il peut aussi t’illuminer, te forger, te façonner et faire de l’autre un allié sur le chemin de ta vie.

Toute rencontre difficile devient une confrontation avec toi-même, une épreuve, un moyen de te connaître, une initiation. Mais aussi un chemin qui s’ouvre devant toi.

– J’ai besoin de savoir encore une chose, dit le prince. Qui es-tu ?

– Je suis, moi aussi, ton reflet dans le miroir.

 Texte de Charles Brulhart Janvier 2005

Merveilleuse semaine – Mabelle

Le pouvoir de la porte noire

Il était une fois, au pays des mille et une nuits, un roi très critiqué pour ses actes de guerre. Une fois qu’il avait fait prisonniers tous ses ennemis, il les conviait dans une grande salle. Le roi criait :

– Je vais vous donner une dernière chance. Regardez tous à droite.

Tous tournaient la tête vers une rangée de soldats armés d’arcs et de flèches, prêts à leur tirer dessus.

archers

– Maintenant, disait le roi, regardez tous à gauche.

Dans cette direction, les prisonniers pouvaient apercevoir une gigantesque porte noire d’aspect dantesque incrustée de crânes humains sanguinolents, de mains décharnées, de morceaux de cadavre en putréfaction. Une porte d’aspect infernal… qui les faisait frissonner d’horreur.

Le roi se positionnait au centre de la salle

– Ecoutez moi tous. Que désirez-vous le plus ? Mourir transpercés par les flèches de mes archers ou bien tenter votre chance et passer le seuil de la porte noire ? Décidez-vous, je respecterai le choix de votre libre arbitre…

Tous les prisonniers adoptaient le même comportement : au moment de se décider, ils approchaient de la porte géante, lui jetait un regard tourmenté et se prononçaient en tremblant :

– Nous préférons mourir sous tes flèches !

Aucun d’entre eux n’osait ouvrir la porte, imaginant quelle insoutenable destin il trouverait là derrière.

Mais un jour, la guerre fut terminée. Et un soldat qui faisait partie autrefois du peloton d’exécution des archers, osa interroger le roi :

– Tu sais, grand roi, je me suis toujours demandé ce qu’il y avait derrière la porte noire.

Le roi répondit :

– Tu te souviens que je donnais le choix aux prisonniers ? Ils pouvaient pousser la porter ou opter pour une mort certaine. Eh bien, toi, vas ouvrir la porte noire !

Le soldat, frémissant, s’exécuta et la porte tourna sur ses énormes gonds grinçant. Un pur rayon soleil balaya le sol dallé. Alors le soldat ouvrit la porte en grand. La lumière inonda la salle. Elle provenait d’un paysage verdoyant. Le soldat vit un chemin qui montait au milieu des arbres. Et il comprit : ce chemin, c’était celui de la liberté ! – Auteur inconnu

Merveilleuse semaine à vous. Mabelle