Couper un ver de terre

Madame ver de terre vous explique : Vous pensiez que couper un ver de terre en deux faisait deux vers. Ma moitié arrière est morte hier. Je survis avec ce qu’il me reste.

Je suis un ver de terre. Je vis dans votre jardin depuis 6 ans. J’ai creusé 30 mètres de galeries sous votre pelouse. J’ai brassé des centaines de kilos de terre. J’ai nourri vos plantes par en dessous, silencieusement, sans que vous le sachiez.

Et samedi, votre bêche m’a coupée en deux.

La partie avec ma tête peut régénérer quelques segments. La partie sans tête est morte en quelques heures. Le mythe des « deux vers » est un mensonge qui nous tue à chaque coup de bêche.

Il y a 200 de nous par mètre carré dans votre jardin. Chaque coup de bêche en tue 2-3. Un passage de motoculteur en tue des dizaines. Et chacun de nous met 2-3 ans à atteindre sa taille adulte.

Ce que je fais pour vous — et que personne ne reconnaît :

• Mes galeries drainent votre sol (6× plus vite qu’un sol sans nous)

• Mes déjections enrichissent votre terre (5× plus d’azote, 7× plus de phosphore)

• Je brasse la matière organique — les feuilles en surface deviennent de l’humus en profondeur

Charles Darwin a passé 40 ans à nous étudier. Son dernier livre nous était consacré. Il a conclu qu’aucun autre animal n’avait joué un rôle aussi important dans l’histoire du monde.

Je ne demande pas grand-chose. Arrêtez de retourner le sol. Utilisez une grelinette au lieu d’une bêche. Paillez. Et quand vous me voyez sortir après la pluie — ne me marchez pas dessus.

Je suis coupée en deux. Je ne suis pas devenue deux. Je suis devenue une.

Prenez soin de vous, mais d’eux aussi, ils sont importants

Mabelle