Bonjour, je vous espère en forme. Je vous partage un texte de Michel Khoury.

On leur a fait croire que pardonner voulait dire reprendre. Rouvrir la porte. Faire comme avant. Effacer l’ardoise et recommencer avec le sourire, sinon c’est qu’on n’a pas vraiment pardonné.
Cette confusion a détruit plus de vies que la rancune.
Parce qu’elle transforme une libération intérieure en obligation sociale. Elle met la pression sur la personne qui a subi, jamais sur celle qui a fait. Elle donne un droit de retour permanent à des gens qui n’ont jamais rien réparé.
Combien de personnes sont retournées dans une relation destructrice en croyant faire preuve de grandeur d’âme. Combien ont repris un ami qui les avait salies dans leur dos, parce que la famille disait que la vie est trop courte. Combien ont revu quelqu’un qui les avait détruites, avec ce discours ambiant qui dit qu’il faut savoir tourner la page.
Tourner la page ne veut pas dire réécrire les mêmes lignes.
Le pardon véritable est une opération intérieure et solitaire. C’est décider d’arrêter de porter une colère qui coûte de l’énergie chaque jour. C’est cesser de rejouer la scène en cherchant la phrase qu’on aurait dû dire. C’est accepter que certaines personnes ne diront jamais pardon, et vivre quand même.
Ça ne concerne que celui qui pardonne. L’autre n’a aucun rôle là dedans.
Le pardon libère le mental. Il ne restaure pas l’accès.
Il est possible d’aimer quelqu’un sincèrement et de ne plus jamais lui ouvrir sa porte. Il est possible de comprendre l’histoire de quelqu’un, ses blessures, son enfance, et de refuser de payer la facture à sa place. Il est possible de souhaiter du bien à une personne à distance, pour toujours.
Ce n’est pas de la rancune. C’est de la lucidité.
Ce qui est présenté comme de la générosité est souvent une manière élégante de demander aux gens blessés de se taire pour préserver le confort de tout le monde.
Le pardon appartient à celui qui a mal. Personne d’autre n’a le droit de fixer la date.
Prenez soin de vous
Mabelle