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Le corps ne se souvient pas avec des mots

Bonjour, je vous espère en pleine form. Je vous partage un texte de Farnçoise Mugnier Braudé

Quand je dis que le corps est un lieu de mémoire non verbale, je ne parle pas d’un souvenir flou ou symbolique.

Je parle de réponses physiologiques enregistrées en profondeur, dans le système nerveux autonome, dans les réflexes de survie, dans la manière dont le souffle se coupe, dont les muscles se contractent, dont le regard se fige ou se dissocie.

Les travaux de Bessel van der Kolk l’ont montré clairement :

le trauma n’est pas stocké comme une histoire cohérente, mais comme une empreinte sensorielle fragmentée, sensations, images, tensions, réactions automatiques.

C’est pour cela que le corps réagit avant même que l’esprit comprenne

Avant que tu aies le temps de réfléchir.

Avant que tu puisses te rassurer.

Tu peux savoir que tu n’es plus en danger, et pourtant ton cœur s’emballe, ton ventre se noue, ton système nerveux déclenche une alarme.

Ce n’est pas un manque de logique.

C’est une mémoire qui ne parle pas le langage des mots

Pourquoi parler ne suffit pas:

J’ai longtemps cru, comme beaucoup, que mettre des mots suffisait.

Que comprendre l’origine d’une blessure allait apaiser le corps.

Mais la réalité est plus brutale

Parler agit sur le cortex préfrontal.

Sur la compréhension.

Sur le récit.

Or le trauma, lui, vit dans des zones non verbales du cerveau :

l’amygdale, le tronc cérébral, les circuits sensorimoteurs.

Quand on parle d’un événement sans régulation corporelle suffisante, on peut même réactiver la réponse de survie au lieu de la désamorcer.

C’est ce que montrent de nombreuses approches contemporaines du trauma :

raconter sans sécurité somatique peut maintenir le système nerveux en état d’alerte.

On revit, au lieu d’intégrer.

On explique, au lieu d’apaiser

Et beaucoup de personnes confondent alors catharsis et guérison.

Pourquoi comprendre n’apaise pas:

Comprendre donne du sens.

Mais le sens ne régule pas un système nerveux.

Un corps ne se calme pas parce qu’il a compris.

Il se calme quand il ressent physiquement la sécurité.

C’est l’un des points,pour moi, les plus mal compris dans le développement personnel et la spiritualité contemporaine.

On dit : “J’ai compris pourquoi je réagis comme ça.”

Mais le corps, lui, continue de réagir exactement de la même manière.

Pourquoi ?

Parce que la compréhension n’a pas modifié la réponse automatique.

Le système nerveux n’obéit pas à la logique.

Il obéit à l’expérience

Tant que le corps n’a pas vécu autre chose que l’alerte, il continue à choisir l’alerte.

Pourquoi les affirmations positives peuvent aggraver:

C’est un point extrêmement sensible, et rarement abordé honnêtement (à mon sens)

Répéter “je suis en sécurité” quand le corps ne ressent pas la sécurité crée un conflit interne profond.

Le mental affirme. Le corps contredit.

Et ce décalage peut renforcer la dissociation, la culpabilité (“je devrais aller mieux”), la perte de confiance dans ses ressentis.

Certaines personnes finissent même par se couper davantage de leur corps, parce que la réalité somatique devient trop incohérente avec le discours intérieur.

La sécurité ne se décrète pas. Elle se vit

Pourquoi certaines pratiques “douces” réactivent le trauma:

C’est pour moi, une autre vérité dérangeante.

Le calme, le silence, la lenteur, ne sont pas automatiquement régulateurs.

Pour un système nerveux profondément dysrégulé, le calme peut être vécu comme une menace

Quand l’agitation cesse, le corps n’est plus distrait. Les sensations enfouies remontent. Les tensions deviennent perceptibles.

C’est pour cela que certaines méditations, certaines respirations, certaines pratiques dites “douces” déclenchent des crises d’angoisse, des flashs corporels, une dissociation, ou un sentiment d’effondrement.

Ce n’est pas un échec. C’est une mémoire qui se réactive sans cadre de sécurité suffisant

Ce que j’ai compris de la régulation:

La régulation du système nerveux ne passe pas par plus d’explications.

Elle passe par une relation progressive et sécurisée au corps.

Elle passe par sentir sans être submergé, ralentir sans s’effondrer, respirer sans danger, rester présent sans se dissocier.

Ce n’est pas spectaculaire. Ce n’est pas rapide. Ce n’est pas instagrammable.

Mais c’est là que la mémoire corporelle commence à se transformer.

Ma vérité, c’est que pendant longtemps, j’ai cru que guérir consistait à comprendre. À relier les points. À mettre du sens sur les blessures. À nommer les mécanismes.

J’ai cru que si je comprenais assez profondément, le corps finirait par suivre. Mais le corps ne suit pas les idées. Il suit ce qu’il vit

J’ai vu des personnes brillantes, lucides, conscientes, capables d’analyser chaque recoin de leur histoire, et pourtant prisonnières d’un système nerveux en alerte permanente.

Elles savaient. Mais leur corps ne se sentait pas en sécurité.

Et c’est là que j’ai compris quelque chose de fondamental : le trauma n’est pas un manque de compréhension, c’est un manque de sécurité vécue.

Ma vérité, c’est que le corps n’a jamais été entendu.

Il a été interprété. Corrigé. Forcé à se détendre. Forcé à pardonner. Forcé à lâcher prise. Mais jamais vraiment écouté

On a demandé au corps de se calmer sans jamais lui prouver qu’il pouvait le faire sans danger.

On lui a dit “ce n’est plus comme avant”, alors que pour lui, tout se passait maintenant.

Ma vérité, c’est que tant qu’un corps n’a pas vécu, dans le présent, une expérience répétée de sécurité réelle, il continuera à choisir la survie, même dans l’amour, même dans la paix, même dans la lumière.

Il sabotera le calme. Il cherchera l’intensité. Il confondra l’activation avec la vie.

Et ce n’est pas un défaut. C’est une intelligence de survie

Ma vérité, c’est que la régulation n’est pas un objectif. C’est une conséquence.

La conséquence d’un système nerveux qui apprend, lentement, qu’il peut rester ouvert sans être envahi, présent sans être détruit, en lien sans se perdre.

Ma vérité, c’est que le corps n’a pas besoin qu’on le force à guérir, Il a besoin qu’on lui offre des conditions suffisamment sûres pour qu’il ose relâcher ce qu’il tient depuis trop longtemps.

Et tant qu’on cherchera à transformer l’humain par le récit, sans passer par le vécu corporel, on continuera à créer des êtres qui comprennent tout mais ne se sentent jamais vraiment en paix.

Le corps ne demande pas des réponses. Il demande une expérience

Et c’est là, seulement là, que commence une transformation réelle.

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Prenez soin de vous

Mabelle

La période Covid a déclenché un grand basculement de conscience

Non pas parce que tout le monde s’est éveillé, mais parce que plus personne ne peut dire qu’il ne savait pas qu’autre chose était à l’œuvre.

Le réveil n’a pas été massif du jour au lendemain, il n’a pas pris la forme d’une révolte spectaculaire. Il a été une prise de distance silencieuse et progressive, un “quelque chose ne colle plus”, un effritement de la confiance. Beaucoup ont cessé d’y croire comme avant.

Le réveil commence toujours par une dissonance, une incohérence ressentie, un malaise diffus, un décalage entre ce qui est dit et ce qui est vécu.

La période Covid a multiplié ces dissonances : règles changeantes, injonctions paradoxales, discours contradictoires, …

À force, l’esprit ne peut plus suivre sans se fissurer. Et, dans cette fissure, la conscience s’est infiltrée.

Ce réveil n’a pas touché uniquement des profils “spirituels”. Il a concerné des travailleurs, des soignants, des parents, des enseignants, des personnes très ancrées, des gens qui n’avaient jamais remis en question le système. Le réveil n’a pas été idéologique, il a été expérientiel. Les gens ont senti dans leur chair que quelque chose dépassait la simple narration officielle.

Le réveil n’est pas toujours conscient. Tous ceux qui se sont éveillés ne l’ont pas nommé ainsi. Certains ont dit : «je me méfie maintenant », « je prends du recul », « je ne crois plus comme avant », »je fais plus attention », «je n’avale plus tout ce qu’ils disent ». Le réveil commence souvent par la prudence, pas par la certitude. Mais une fois enclenché, il ne s’arrête plus jamais.

La période Covid a marqué la fin d’une illusion majeure, celle d’un système protecteur et cohérent. Même chez ceux qui ont continué à suivre, quelque chose s’est fissuré. Une innocence collective perdue, un doute latent, une confiance amoindrie sans retour en arrière possible.

Depuis cette période, un phénomène subtil est apparu, les êtres éveillés se reconnaissent. Pas par leurs opinions, pas par leurs discours. Mais par leur refus du manichéisme, leur rejet des récits « scientifiques », leur calme, Il existe désormais une fréquence commune, discrète mais stable.

Avant, la Matrice définissait le sens des événements. Maintenant ce pouvoir est fissuré. De plus en plus d’êtres recoupent les informations, vérifient ce qui est dit, ressentent, refusent les récits prémâchés.

On parle souvent de ce que la période Covid a pris aux humains, mais beaucoup moins de ce qu’elle a fait perdre au système lui-même.

La Matrice a subi une perte irréversible, invisible aux statistiques mais profonde.

Elle a perdu sa crédibilité. Avant, beaucoup accordaient au système un crédit implicite : “ils savent ce qu’ils font”, “ils agissent pour notre bien”, Cette croyance n’était pas consciente mais intégrée. Ce n’est plus le cas désormais. Même chez ceux qui ont suivi, une partie de la confiance aveugle a disparu.

La Matrice fonctionnait sur un principe simple : elle définissait ce qui est réel, ce qui est vrai, ce qui est acceptable. Désormais elle a perdu ce monopole, de plus en plus de personnes ont compris que ce réel pouvait n’être que narratif, conditionné et orienté. Cette compréhension rend le monde beaucoup plus incontrôlable.

Avant, l’autorité était rarement remise en question sur le plan moral, considérée comme bienveillante et rationnelle. Durant cette période, l’autorité a dû : culpabiliser, justifier, moraliser car elle a perdu sa légitimité naturelle, n’étant plus perçue comme juste.

L’humanité a perdu quelque chose mais la Matrice aussi. Elle a perdu l’innocence collective, celle qui permet aux systèmes de fonctionner sans être questionnés. Désormais, même les récits “officiels” sont écoutés avec distance. Le doute s’est immiscé de manière permanente.

Le contrôle moderne repose sur l’émotion plus que sur la contrainte.

Or, la période Covid a provoqué saturation psychique, fatigue émotionnelle, profonde lassitude profonde et un désengagement affectif. Beaucoup ont cessé de vibrer avec le récit. Or, un récit sans adhésion émotionnelle est fragile.

Le système a gagné à court terme, mais perdu à long terme car il a obligé à regarder, ressentir, choisir. Or, une fois qu’un être a choisi en conscience, il ne revient pas à l’automatisme. Cette perte est définitive.

Certaines choses ne fonctionneront plus jamais comme avant : la peur brute, l’autorité non questionnée, le récit unique, l’obéissance réflexe. Le système devra désormais composer avec des individus plus lucides, des esprits autonomes, une défiance structurelle. Et cela change tout.